Stop au harcèlement à l’école!

Les rôlistes le savent : le jeu de rôles n’est pas une activité comme les autres. Outre le divertissement, il permet à ses participants d’évoluer en tant que citoyen responsable, actif, critique et IMG_20160704_151930solidaire (CRACS). Cet objectif se manifeste dans le jeu de rôles à bien des égards et l’outil qu’a récemment mis en œuvre le service de la Province de Liège OPENADO (orientation – prévention – enfants – adolescents) en est la preuve. Cet outil propose aux enseignants des écoles primaires et secondaires de lutter contre le harcèlement à l’école. Le jeu de rôles – qui peut se manifester sous format papier ou version grandeur nature – plonge alors les élèves de 8 à 15 ans en pleine situation de harcèlement physique, moral ou de cyberharcèlement en milieu scolaire. Dans cette optique, les « joueurs » se mettent dans la peau de l’élève harceleur, de l’élève victime ou du témoin. A l’aide d’une « fiche de personnage » qui leur est distribuée au début de l’activité, les participants prennent connaissance du contexte dans lequel celui-ci évolue et de la situation qu’ils vont devoir affronter durant l’animation : derrière un écran, dans la cour de récréation ou dans le réfectoire de l’école par exemple. Le but de l’outil est de convaincre les jeunes de la perversion du harcèlement scolaire mais surtout de les encourager à devenir témoin « agissant » plutôt qu’observateur passif voire témoin actif face à une situation de harcèlement. Jérôme Gherroucha, l’un des concepteurs de l’outil, a accepté de nous en dire plus sur la création de cet outil basé sur la mise en situation et le jeu de rôles.

Openado, promoteur du bien-être chez les jeunes

Dans le milieu scolaire, Openado propose une multitude d’actions envers les jeunes dans le cadre de la promotion du bien-être et de la prévention. C’est d’ailleurs dans cette optique que cet outil a été développé. Jérôme Gherroucha informe qu’Openado « a été interpellé il y a 3 ans pour traiter la question du harcèlement », ce qui laisse imaginer un travail intensif et de longue haleine mené durant ce laps de temps.

Un outil indépendant et facile d’utilisation

bobL’avantage de cet outil repose sur sa grande accessibilité qui permet aux enseignants de l’utiliser de manière autonome sans nécessiter  la présence d’animateurs extérieurs. Une explication de 45 minutes suffit à son appropriation. Cet outil s’inspire d’un concept dont la réussite a été prouvée : c’est le jeu des 3 figures destiné aux enfants de 4 à 7 ans (créé par le Docteur Serge Tisseron, Docteur en psychologie, Psychiatre et Professeur à l’Université de Paris X) qui est un jeu dans lequel les enfants endossent, sur base d’un dessin-animé ou un film qu’ils ont vu, la posture tantôt de l’agresseur, tantôt de la victime ou du redresseur de torts. Jérôme Gherroucha prend l’exemple du dessin-animé Bob l’éponge pour l’illustrer : « Imaginez Bob l’éponge se faisant écraser par Monsieur Crabs. Patrick l’étoile de mer arrive. Que dirait-il? Que ferait-il ? » S’il est adapté pour les élèves de maternelle, le nouvel outil créé par le service Openado se veut lui plutôt formaté pour les plus âgés. Pour être davantage conforme à un public âgé de 8 à 15 ans représentant la tranche d’âge la plus souvent touchée par le phénomène de harcèlement, l’équipe d’Openado a décidé de s’intéresser tout particulièrement au rôle du témoin, de manière à engendrer le débat, à dynamiser les échanges et à développer l’esprit critique.

L’importance du témoin agissant

Le rôle du témoin est primordial pour développer l’esprit critique propre au jeu de rôles. Le témoin est-il plutôt agissant (fait appel à un adulte pour solutionner le problème, décide de prendre la défense du camarade), passif  (passe son chemin incognito) ou actif (encourage par des rires). L’objectif de l’outil, par l’utilisation du jeu de rôles et de la mise en situation, est alors de familiariser IMG_20160704_160038les jeunes à opter plutôt une (ré-)action de témoin agissant. Selon Jérôme Gherroucha, la majorité des jeunes sont des témoins passifs car ils pensent comme suit : « Si j’interviens, ça me retombe dessus ». L’idée est donc de démontrer aux jeunes que d’autres portes existent et surtout que ces pistes de solutions émergent directement du groupe classe et non de l’adulte dictant une conduite à suivre.

Des fiches de mises en situation

Le jeu de rôles est composé de petites fiches sur lesquelles sont exposées différentes situations sujettes au harcèlement scolaire. Dans ces fiches, on retrouve l’histoire des personnages (le harceleur, la victime et le témoin) ainsi que le contexte dans lequel ils évoluent. Une fiche de questions générales est aussi à leur disposition : elle permet d’animer le débat et de cerner les impressions des élèves. L’outil semble être une excellente invention pour lutter contre le harcèlement à l’école et nul ne doute que quantité d’établissements scolaires vont souhaiter l’acquérir. Plus largement, il prouve à nouveau que le jeu de rôles est susceptible d’avoir un impact social favorable et qu’il demeure un objet prépondérant en matière de responsabilité et de  citoyenneté.

Interview de Jérôme Gherroucha (Service OPENADO)

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